Une série de photos en noir et blanc de flics new-yorkais accomplissant leur utile ou sale boulot, des volutes de jazz, et ce titre (plus beau) en anglais : We Own the Night… Un titre à la fois terriblement évocateur (polar ? film noir ? film de vampires ?) et terrible (la devise de la police de New York, ce qui fait un peu peur). Cette polysémie ambiguë, le film de James Gray va la déployer dans un registre classique, avec une élégance, une finesse psychologique, une maestria, une amplitude et une volupté de geste assez bluffantes. Comme chez Cronenberg, il est question de famille biologique et adoptive, de bon père et de mauvais père, de rivalité entre descendants, de quête d’identité tiraillée entre deux camps qui s’affrontent. Mais à la place de la perversité pince-sans-rire et du style anguleux et coupant de Cronenberg, James Gray propose un univers plus orthodoxe, des dilemmes puisés dans le grenier de tous les grands mythes de notre culture (Bible, tragédies grecques, drames shakespeariens…), un style coulé, fluide, parfois scandé par une musique grandiose et mélancolique, rejoignant la geste opératique d’un Visconti ou d’un Coppola.