Rome plutôt que vous ou l’itinérance, dans le quartier périphérique de La Madrague à Alger, de Zina et Kamel, en quête d’un « marchand d’espoir » qui pourrait les aider à quitter le territoire.
Tourné comme un « road-movie au ralenti » dans une banlieue lointaine minée par une guerre souterraine – l’action se situe pendant la « décennie noire » – Rome plutôt que vous est une fiction cartographique puissante et sombre trouée d’éclats documentaires. Le motif du film n’est pas inconnu : un pays-prison, à la beauté captivante, à l’horizon irrémédiablement fermé, avec sa jeunesse qui tourne en rond et voudrait faire exploser les murs en rêvant d’exil. Sauf que cette histoire, on ne nous l’a encore jamais racontée comme ça, de manière si moderne, si inspirée, si altière, en un mot si remarquable pour un premier long métrage. Un soupçon de Beckett, pour l’attente prolongée et l’absurde circulaire façon Godot. Une pincée de Godard pour l’art inattendu de mettre malgré tout les choses en rapport et en mouvement, à la manière d’un transport clandestin du désir.