Rashômon (1950) est une œuvre charnière dans la filmographie du maître japonais. C’est le film de la reconnaissance internationale (Lion d’Or à Venise en 1951, Oscar du film étranger), à l’origine de l’intérêt du public occidental pour la production nippone en général et Kurosawa en particulier, alors que le cinéaste a déjà réalisé onze films. Rashômon, film exalté et baroque, est le récit d’un fait divers (le meurtre d’un samouraï et le viol de sa femme par un bandit) raconté selon six points de vue différents, dont celui du fantôme de la victime. Akira Kurosawa ancre son film choral dans les convulsions de l’Histoire tourmentée du Japon féodal et nous confronte à un puzzle métaphysique qui interroge la vérité et la réalité sous toutes les coutures.
Tel un « aérolithe tombé d’une autre planète », comme l’a reçu Jean-Louis Tallenay de Radio Cinéma Télévision au moment de sa sortie, le film frappe tant par son universalisme que par sa nouveauté formelle et dramatique, faisant figure de « révélation esthétique et philosophique » selon André Bazin.